Le footing de Jean. Partie4

Étudiante en lettres, Joanna avait paniqué à l’idée de se retrouver enseignante. Elle venait de tout larguer sans trop s’en faire. Son père, un homme qui avait du flair — fut un des premiers à investir en Afrique du Sud après que l’embargo ait été levé — très occupé à faire fortune, il ne se souciait pas de résultats d’examens qu’elle aurait pu passer ou non. Et en bon paternel qu’il était, il n’oubliait pas d’envoyer sur le compte en banque de sa fille assez d’argent pour qu’elle ne manque de rien. Sa mère était morte en couches et les amies de son cher papa avaient son âge.
Depuis sa désertion, elle passait ses journées à lire, à traîner au centre-ville, dans les rares magasins de musique qui restaient (elle s’était mise à acheter des vinyles depuis la mort annoncée du Cd)
Elle avait quelques fois essayé de parler à des garçons qu’elle trouvait à son goût, mais c’était plutôt difficile ; les hommes la craignaient depuis qu’elle était toute petite. Elle était très belle, de cet éclat inaccessible qui rend le visage des mecs tout rouges et leurs lèvres tremblantes. Seuls quelques personnages arrogants, hautains ou assez bourrés l’approchaient. Les autres n’arrivaient pas à aligner plus de deux mots d’affilée, pétrifiés par le naturel et le regard impénétrable de Joanna.

C‘était comme ça depuis toujours, mais ce n’est que vers l’âge de quatorze ans, en lisant Lolita qu’elle comprit ce que pensaient les hommes. Le pourquoi de ces attitudes étranges, hésitantes ou concupiscentes. Les amies qu’elle avait eues se sentaient vite petites et invisibles lorsqu’elles la fréquentaient. Tôt ou tard, elles finissaient toutes par l’éviter. Elle avait longtemps cru être anormale.

Elle chassa ces pensées qu’elle ressassait lorsque quelque chose ne tournait pas rond. Il était midi. Elle cacha la pelle et décida de rentrer dans son cinq pièces avec cheminée. Elle souriait en marchant, car (sans doute pour la première fois de sa vie) elle ressentait, ce bien-être — mélange de fatigue physique et de fierté qu’éprouvent les travailleurs manuels à la fin d’une journée pénible, mais constructive.

Le footing de Jean. Partie3

Elle se releva, frotta la terre qui maculait ses fesses.
Le jogger. Il avait failli la surprendre aujourd’hui et elle ne pourrait plus cacher sa découverte très longtemps. Il devait passer par là tous les jours, car c’était la troisième fois qu’elle le voyait.

Le vieil homme apparaissait toujours à la même heure — aussi ponctuel qu’un coucou. Il l’avait vue ce matin alors qu’elle venait d’arriver et s’était assise un moment pour réfléchir. Lui s’était appuyé contre un arbre et semblait penser à des choses désagréables. Son visage avait eu une expression mi-étonnée, mi-agacée, mais ça n’avait aucune importance.

Depuis le jour de sa découverte, elle avait mis à jour une surface d’au mois cinq mètres de diamètre. Personne ne l’avait remarquée et tant mieux, car plus elle creusait plus elle se rendait compte que ce qui était enterré là-dessous allait changer sa vie — ce n’était sans doute pas vrai ! Mais elle voulait y croire. Ce truc l’intriguait tellement. Les bords commençaient maintenant à s’arrondir. Elle imagina un immense sein, mais avec un téton de la longueur d’un sexe en érection. Ce qui par association lui fit penser à l’Ogasmatron qu’utilisait Barbarella — une machine à orgasme, voilà ce quelle avait découvert ! Vous rentriez dedans et par on ne sait quelle magie c’était l’orgasme infini. Elle avait maintenant les deux mains appuyées sur le manche de sa pelle; elle essayait de se souvenir de ses derniers ébats ; les images qui lui vinrent à l’esprit étaient vagues et tristes. Elle aurait bien besoin de son Orgasmatron. Un rire nerveux se profilait dans le creux de son ventre.

Le footing de Jean. Partie2

— Bonjour ! Dit-il sans s’arrêter .
Elle lui rendit un « bonjour » bien obligé.

Cela énervait Jean. Pourquoi les gens se saluent-ils lorsqu’ils se croisent dans des lieux retirés ? Ont-ils besoin de se sentir solidaires face à leur solitude dévoilée ? Ou est-ce la paix que leur inspirent les lieux retirés qui les motivent à plus de civilités ?
Ces bonjours intempestifs rompaient le rythme de ses pensées et de son souffle, pourtant c’était toujours lui qui saluait le premier ; pour que le contact soit rompu plus vite supposait-il. 
Elle était belle, bien plus belle que sa femme au même âge.

Mylène était la seule femme que Jean ait connu de façon intime ; bien sûr, il aurait voulu coucher avec plus de femmes lorsqu’il était jeune, mais elle était arrivée très tôt dans sa vie et cela l’avait arrangé — ils s’étaient connus sur les bancs de l’école, étaient sortis ensemble durant leur dernière année scolaire. Quatre ans plus tard, ils étaient mariés —
plus besoin de s’encombrer de demoiselles.
Mylène avait pourtant été mignonne jusqu’au mariage. C’est sans doute au moment où elle avait pris conscience de ce qu’allait être sa vie qu’elle avait eu d’autres préoccupations que de rester belle.
Son mari passait la plupart de ses soirées avec des collègues de travail et rentrait éméché pour s’écrouler ou il pouvait. Sans même un regard.
Ils n’eurent jamais d’enfant.
« Quel gâchis ! » Répéta-t-il en secouant la tête. Il accéléra pour ne plus penser.

Arrivé chez lui, il prit une douche, se rasa, mit la radio sur une chaine d’infos et recommença cette routine qui le maintenait en vie : lire la presse du jour en sirotant un jus d’orange qu’il avait pressé lui-même, puis une petite sieste et enfin il pourrait allumer la télé pour sa série de l’après-midi ; puis un dîner léger et enfin le néant.
Qu’est-ce qu’elle foutait à cet endroit précis en plein milieu de la matinée ?

Le footing de Jean. Partie1

Jean partait tôt. Habillé de son short bleu et d’un maillot. Au pas de course. Tout droit jusqu’au bout de la rue, puis bifurcation. Des petits regards à gauche puis à droite, le voilà à l’orée de la forêt. On est en automne ; il fait un peu froid, mais Jean transpire.
Il revit, émerveillé comme chaque matin par les couleurs de feu, surpris par les odeurs de mousses qui lui rappellent quelques furtifs souvenirs d’enfance ; ébahi par cette sensation de paix et de vie, Jean se sent moins seul.
Jean continue sa course en soufflant, puis s’appuie — comme tous les jours — au même arbre.
C’est sous cet orme que Jean prend le temps de penser à son passé, à sa femme.
Il n’avait rien trouvé d’autre pour conjurer ce mal de ventre qui ne le lâchait que lorsqu’il courrait vite, très vite, longtemps, très longtemps. Sa main contre l’immense tronc, il ressassait jour après jour les images de sa vie.

« Quel gâchis » dit-il à haute voix avant de se remettre à courir ! C’est après avoir fait une vingtaine de petites foulées qu’il vit, assise sur une souche, les bras autour des genoux, une fille maigrichonne qui le regardait d’un air boudeur.

Samedi 22h53, 25 mai 2002

Dans la maison seul. Une bouteille de vin, de la vodka au cas où.
Trop de pulsation, j’ai mis un casque.
Hendrix le gourou me déconcentre, un coup de grisou !
Les sillons scintillent en analogique,
les cigarettes roulées qui rendent miaou,
transcendent cette guitare, cette voix nitrique.
Pourquoi ne pas écrire une histoire qui résonne comme cette musique ?

Les regrets suspendus

Je me promène dans le General hospital… J’y croise un vieux Bluesman, qui se regarde — perplexe — dans un miroir.

Il porte un chapeau melon, et semble se demander ce qu’il a loupé dans sa vie… Il écoute un vieux soixante-dix-huit tours qu’il avait enregistré autrefois.
Ses regrets emprisonnés entre les microsillons sont libérés au passage du diamant.
Pour s’envoler dans les cieux où je n’sais ou…

Jazzinda’room

J’avance le long de l’Hudson, c’est dimanche matin, une chanson résonne encore dans ma tête, les joggers passent et repassent, de la buée s’échappe de leurs bouches. Des feuilles mortes crient sous nos pas, c’est l’automne à Manhattan, le brouillard a envahi l’île, je distingue à peine les gratte-ciel et je m’en fous.
Ce qui s’est passé hier soir ne me concerne pas, je ne peux rien y faire…

J’attendais Ronnie près de cette boîte de Chelsea, le « Jazzinda’Room ». Nous avions prévu d’aller voir Buck Johnson et son groupe et mon pote voulait faire le tour des lieux.
L’endroit était un ancien abattoir transformé en boîte de jazz blues à la fin des années quatre-vingt. Le père de Ronnie avait travaillé quand il avait débarqué d’Italie sans un sou.

Un taxi déboucha sur la 18e rue avec — je le savais — Ronnie à son bord.
Une foule bigarrée, mais sage, comme seul Manhattan sait en produire, faisait la queue pour entrer. J’allais au-devant de mon ami…
On entra sans trop attendre, et très vite je sentis que mon ami a un coup de blues.
— Mon père a bossé ici pendant trente ans à charrier de la viande!
— Dur ! Je ne savais pas quoi dire d’autre, car comme la plupart des gens normaux j’évitais ce genre d’endroits.
— Il n’était pas malheureux dans son job, continua Ron pensif,
mais crevé, mon père était le mec le plus mou et las du monde. Je ne me souviens pas de l’avoir vu ailleurs que sur son canapé en disant à toute la famille de faire toute sorte de choses, car c’est lui qui travaillait dur et nous faisait vivre. J’acquiesçais, mon père faisait le même numéro.

L’endroit était austère, agréable, la musique de Lou Reed passait en fond sonore et en hommage au musicien qui était allé rejoindre Andy Warhol la veille.

J’avais lu que de nombreuses célébrités new-yorkaises fréquentaient le lieu, mais je ne reconnaissais personne…

— Hey, regarde là-bas, c’est Debbie Harry… me chuchote Ron.

Une dame d’un âge respectable parlait avec un jeune homme style Dandy Junkie et je me remémorais la pochette d’Autoamerican et Deborah en mini-jupe et sexyshoes, sans faire de rapport avec la dame.

Ron me tira par la manche, « On va visiter l’abattoir de mon père, j’ai envie de trouver quelque chose qui me rappelle cet abruti »

Je le suivis en tenant ma bière à la main. Facile d’accéder aux coulisses, Buck n’était pas une superstar et il n’y avait personne pour faire barrage.
On ouvrait toutes les portes, rien qui puisse rappeler un abattoir n’avait subsisté. Devant les loges, des gens discutaient un verre à la main. On entendait de la musique.

— On va dire bonjour à Buck ? me dit Ron
— Je ne saurais pas quoi lui dire, je ne suis pas vraiment fan en plus…

Avant que j’aie pu finir ma phrase, il ouvrit la porte de la loge, passa la tête à l’intérieur… il n’y avait personne. Je passai la tête à mon tour pour voir.
Elle était petite et étroite; j’allais refermer quand un mouvement se refléta dans le miroir. Je vis quelqu’un dans ce qui devait être la salle de bain qui semblait verser quelque chose dans une bouteille. Je me retournai pour appeler mon ami, mais il était déjà sur une autre porte.
Je regardais à nouveau le miroir, le type revissait le capuchon d’une bouteille de Jack Daniels. Au moment où il leva la tête, je refermais la porte.

Dans la salle, le concert allait commencer, les lumières étaient plus tamisées et des gens commençaient à siffler. La scène s’illumina et l’homme dont j’avais vu le reflet entra en courant sur la scène muni d’une guitare.
Il commençait le show avant d’être rejoint par le bassiste et le batteur. Buck Johnson entra en dernier sous les applaudissements. Il tenait une bouteille de Jack à la main qu’il brandissait en direction du public; il en but une grande rasade, la posa sur un ampli et commença à chanter « dont let it end », une chanson de son dernier album me fit remarquer Ron.
Au milieu du morceau il commença à défaillir, balbutier. À la fin du morceau il s’écroula raide mort.

Jouer de la musique par Hélène Grimaud.

Au seuil de cette apocalypse en quoi nous voulons croire .

La musique peut encore, peut de nouveau passionner l’esprit, à condition bien sûr qu’elle soit autre chose qu’une musique plus ou moins réussie.

Une distraction, une acrobatie, un tour de passe-passe. 

À condition qu’elle soit donnée et jouée comme oeuvre essentielle, dans un don absolu de soi-même. Comme au premier jour.

Hélène Grimaud

Aujourd’hui, je veux délivrer ma vie de tout ce qui peut la menacer.
Au-dedans, la tristesse, la routine, la vanité, la paresse.

Au-dehors, les commentaires, les jugements, les pressions.

La lutte pour cette délivrance est continuelle, quotidienne ;

mais pour cela au fond un seul mouvement de main suffit.

Tant pis pour ceux qui n’aiment pas la différence.

Hélène Grimaud

Comment écrivez-vous  Donald Westlake ? / à prendre ou à jeter !

Le plus important, si l’on veut écrire une bonne histoire,  c’est de savoir ce que l’on veut raconter. De quoi parle votre histoire ? Voilà la seule question à laquelle vous devez répondre. Pour cela, la meilleure solution consiste à appliquer à la lettre ce conseil que donnait le grand Raymond Chandler :

 « si vous séchez en écrivant un polar, faites enter un type avec un revolver » 

le temps que vous expliquiez qui est cet homme et pourquoi il tient un revolver, votre histoire aura considérablement avancé et vous n’aurez plus qu’à la rattraper…

Je ne porte aucun jugement sur les évènements sinon c’est l’ennui garanti : ce qui se passe socialement ou politiquement doit être une toile de fond pour faire évoluer les personnages, mais pas leur raison d’agir. Sinon, écrivez une thèse ou un essai… ou un mauvais polar !

J’écris tous les jours, sept jours par semaine. Si vous vous relâchez, vous diluez la tension de votre histoire. C’est mécanique : une interruption d’une journée ou deux et ce sont des détails essentiels qui trinquent ! Donc, il faut travailler tous les jours. Ne jamais croire que l’histoire se suffit à elle-même : travaillez le style, le suspense, les détails. Cela ne se fait que derrière un bureau, pendant des heures.

Je ne fais jamais de recherches documentaires. Je me perds quand je me mets à vérifier tel ou tel détail au sujet d’un immeuble, d’une ville ou d’un pays. Quant à New York, je connais suffisamment ma ville pour y situer mes personnages les yeux fermés. Concentrez-vous sur le travail, pas sur l’équipement. Ni sur le lieu où vous vous trouvez : inutile de partir en Ouganda pour écrire une histoire ougandaise, ni de vivre à Paris pour écrire un polar parisien. De toute façon, j’écris toujours chez moi, dans mon bureau. J’ai trop de bons amis qui ont commis de mauvais romans parce qu’ils se sont mis à l’ordinateur et ont passé plus de temps à apprendre  une nouvelle technologie qu’à écrire. 

Je ne fais jamais de plan lorsque j’écris un roman. Par contre, lorsque j’écris un scénario pour le cinéma, j’en fais toujours un. C’est précisément en cela que la littérature est plus intéressante que le cinéma : elle est moins formatée et offre une plus grande liberté d’aller où l’on veut dans l’histoire. Donc, pas de plan.

Mais chaque jour avant de me mettre à écrire, je relis ce que j’ai écrit la veille : soit je coupe, soit je raye, soit je continue. Et je découvre où je vais en écrivant. Cette spontanéité me semble fondamentale pour que soit préservé le suspense. Mais cela implique que vous soyez votre premier lecteur chaque matin et que vous soyez impitoyable avec ce que vous avez écrit la veille. 

Ainsi vous avancerez dans l’écriture plus sûrement qu’en suivant un plan trop rigide, cousu de fil blanc que vous-même ne verrez plus. 

Je me souviens d’une rencontre avec Alfred Hitchcock à Los Angeles il y a quelques années. Il m’a dit, en parlant d’un de ses films en cours de tournage : 

"Je ne sais pas encore qui est le meurtrier » 

Il savait qui avait été tué, qu’elle était l’intrigue, mais il ne savait pas, avant de commencer, comment résoudre l’énigme !

Et puis, il y a moins de plaisir à écrire en suivant un plan prédéfini qu’à inventer jour après jour la suite logique de ce qu’on a écrit la veille. Le plaisir est un élément déterminant : si vous ne prenez pas de plaisir en écrivant, si vous ne vous amusez pas, votre roman sera raté : cela, le lecteur le sent immédiatement.

Enfin, il faut lire. J’ai lu énormément. Dashiell Hammett, Raymond Chandler sont les grands maîtres du polar. Tout est chez eux. Mais il faut aussi, pour réussir un bon roman, lire toute autre chose. 

Mes grands chocs furent Faulkner, Nabokov et Proust, et je viens de découvrir la puissance extraordinaire de Zola, dont je dévore l’oeuvre intégrale : techniquement, du très bon travail.

                                                                                                                                                                                             Donald Westlake

Il serait temps d’écrire tranquillement, librement, comme si j’étais le seul vivant. Quittons le souci des livres, des maîtres. C’est de trop penser à eux qui m’a paralysé jusqu’ici. Soyons nous-mêmes, si c’est possible, si c’est possible…

Paul Léautaud

6 et fin. Un jour commence, l’autre s’éteint.

La journée va être splendide. Une de ces journées où l’on sent qu’il va faire beau, mais pas trop; que l’on pourra se promener sans trop transpirer. 

Je m’installe aujourd’hui chez Abigail, c’est plus pratique. Le destin ou appelez-le comme vous vous voulez à déployé des milliers de petits fils argentés pour que l’on puisse se parler, se plaire et parcourir un petit bout de chemin ensemble. 

Abigail est couchée dans une position défiant les lois de la gravité. Elle lit la biographie de Billie Holiday. 

— Je vais me mettre à fumer… dit-elle.

— Je n’ai pas eu le temps de te le dire, mais si la voix  enfumée de Billie est belle, ce n’est pas juste parce qu’elle s’envoyait tout ce qu’elle pouvait.

Elle me regarde dubitative et ajoute  ” J’en ai marre… j’ai envie pour une fois de me planter devant la télé, il y a peut-être un film sur une de ces chaînes que personne ne regarde, un de ces bons vieux films des années cinquante avec des acteurs qui sont morts en pleine gloire.

Il y a bien un vieux film, mais elle zappe durant plusieurs minutes, soudain, une noiraude en short moulant apparaît, elle se moque d’une autre fille de son âge avant d’aller rejoindre un groupe de jeunes gens hilares entassés autour d’un canapé. 

— J’ai peur ! Dis-je en regardant le téléviseur.

Elle me toisa

— De ce que tu vois, de nous, de ce qui nous attend ?

Je ne répondis pas, le souvenir d’une phrase de Tolstoï que j’ avais lue un jour. 

"Aie un but pour toute ta vie, un but pour une certaine époque de ta vie, un but pour un certain temps, un but pour l’année et pour la minute, en sacrifiant les buts inférieurs à ceux qui sont supérieurs "

                                                                                                            Fin